Insalubrité: Vers un scandale écologique à Douala ?

Vu la saturation du site de Pk10, le pire est à craindre dans la capitale économique du Cameroun si la nouvelle décharge annoncée au quartier Ngombè (Douala 5ème) n’est pas opérationnelle d’ici juillet 2018.    

Douala, 25 janvier 2018. Des éboueurs en pleine activité dans les rues de la capitale économique, la nuit.

Douala, le 25 janvier 2018. Des éboueurs en pleine activité dans les rues de la capitale économique, la nuit. Photo: Mathias Mouendé Ngamo

Avec plus de 5 millions de tonnes de déchets enfouis, la décharge d’ordures située au quartier Pk 10 à Douala est aujourd’hui saturée. La hauteur des massifs de détritus dans cet espace ouvert en 2003 à titre provisoire est telle qu’un rajout d’ordures pourrait permettre d’avoir une vue sur les installations du Génie militaire qui côtoient la décharge. Il y a trois semaines, Michel Ngapanoun, le directeur général de la société d’Hygiène et salubrité du Cameroun (Hysacam) faisait déjà ce constat lors de la visite à Douala du ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Jean Claude Mbwentchou.  Le dirigeant d’entreprise précise qu’il ne reste qu’un tout petit espace disponible, en contrebas des monticules d’ordures pour accueillir d’autres déchets ménagers. Pour y accéder, il faut créer des voies au milieu des immondices. « Mais, en saison des pluies, c’est impraticable. Les camions tombent en panne. En 2017, les coûts de la maintenance se sont élevés à plus de 2,5 milliards F. Cfa. Cette dégradation a commencé depuis 2015 », observe le Dg d’Hysacam.

L’insalubrité à Douala du fait de cette saturation pourrait être plus alarmante à tout moment, si rien n’est fait. La création en cours d’une autre décharge sur une superficie de 70 hectares à Ngombè (Douala 5ème) est évoquée comme solution contre l’invasion des ordures, dans une ville qui produit environ 2000 tonnes de déchets au quotidien. Or, Hysacam ne collecte quotidiennement que 1500 tonnes conformément au cahier de charges fixé par la Communauté urbaine de Douala (Cud). Le Top Management de la société de collecte d’ordures craint le pire si cette nouvelle décharge, annoncée depuis 2005, n’est pas opérationnelle d’ici le mois de juillet prochain. « Il faut profiter de la saison sèche pour commencer l’excavation de la décharge de Ngombè », souhaite  Michel Ngapanoun. Il déplore en outre les tensions de trésorerie dues aux dettes de l’Etat qui plombent le bon fonctionnement de l’entreprise. « En décembre 2017, on avait 46% de notre chiffre d’affaires impayés. Soit presque 14 milliards F. Cfa. L’Etat nous a avancé 6 milliards F. Cfa  courant décembre. Mais il faut qu’il continue à payer, sinon ça peut être perturbé », prévient Jean Pierre Ymele, le directeur régional d’Hysacam pour le Littoral.

Bonabéri, cas complexe  

Cameroun Un dépotoir d'ordures sur la chaussée, près de la cloture du lycée de New Bell à Douala, en dépit de la plaque d'interdiction. Crédit photo Mathias Mouendé Ngamo

Douala. Des déchets déversés par terre au marché Central, sous une plaque d’interdiction. Photo: Mathias Mouendé Ngamo

Hysacam doit en outre se pencher sur la situation de Bonabéri qui d’après ses dirigeants est présenté comme l’arrondissement le plus insalubre de ces cinq dernières années. L’actuelle décharge de Pk 10 est distante de Bonabéri (Douala 4ème) de 30 km en aller simple, tandis que la décharge annoncée à Ngombè est située à une cinquantaine de km en aller et retour de cet arrondissement qui croule sous le poids des ordures. Pour y remédier, Hysacam annonce la création d’un centre de transfert de déchets à la zone industrielle de Bonabéri. Aucune date précise n’est avancée pour la livraison de ce centre.

On sait juste que l’opérationnalisation de ce centre est prévue pour la fin du premier semestre de 2018. Sur les caractéristiques du site qui s’apparente à une décharge secondaire, on a  appris qu’il va s’étaler sur une superficie de 5000 m2 extensible à un hectare. Les démarches pour l’acquisition de ce terrain appartenant à la Mission d’aménagement et de gestion des zones industrielles (Magzi) ont abouti depuis fin 2016. « On va construire une base ici. Parmi les 200 camions à réceptionner, certains desserviront uniquement Bonabéri. En journée, ils vont faire la collecte des ordures dans des bacs et le contenu de ces bacs sera benné dans des camions de 60 à 70 tonnes en attente à la décharge du centre de transfert. De nuit, ces camions vont transporter les déchets à la décharge de Pk 10 ou de Ngombè quand celle-ci  sera ouverte », explique Jean Pierre Ymele. Toutes ces mesures annoncées contre l’invasion des déchets seront –t-elles mises en œuvre à temps pour éviter un scandale écologique dans la ville de Douala ?

Mathias Mouendé Ngamo

 

 

 

Un commentaire

  • Il est urgent d’avoir au moins une unite industrielle specialisee de recyclage des dechets…On risque de migrer vers une proliferation de sites de decharge qui a moyen et long terme constituera un probleme serieux… #cleancity, #smartprocessingunit

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