Cameroun : Pourquoi les inondations vous étonnent ?

Les riverains bloqués au lieu-dit Carrefour Cité des Palmiers à la suite des inindations.

Les riverains bloqués au lieu-dit Carrefour Cité des Palmiers à Douala, à la suite des inondations.

Les habitants de la ville de Douala au Cameroun se réveillent depuis quelques jours avec les pieds dans l’eau. Des inondations sont enregistrées à la suite de pluies diluviennes qui arrosent la capitale économique. Les conséquences sont sans appel. L’eau s’invite dans des domiciles, s’installe sur la chaussée. Des ouvrages  cèdent, coupant la route en deux. De gigantesques embouteillages naissent. La population qui vit un véritable calvaire, ne sait plus à quel saint se vouer. Mais pourquoi ces inondations vous étonnent ? Pourquoi avez-vous l’air surpris ?

 

Lorsque vous êtes confortablement assis dans votre grosse cylindrée et que vous traversez les quartiers résidentiels comme Akwa, Bonanjo ou Bonapriso en balançant par la fenêtre des épluchures de banane, des épis de maïs, des bouteilles vides d’eau minérale, ça ne vous étonne pas.  Mais lorsqu’il pleut et que ces bouteilles et autres déchets obstruent les petites rigoles près de la chaussée obligeant l’eau à se rediriger vers la route et à s’y installer aussi confortablement, pourquoi ça vous étonne ?

Lorsque vous faites tomber le palmier à huile planté derrière votre maison depuis des années pour y cueillir du vin de palme, c’est normal ! Il faut bien boire un bon verre de vin bio traditionnel pour rester connecter aux bonnes saveurs du village. Lorsque vous coupez tous les arbres fruitiers dans votre cour arrière et que vous abattez tous les bananiers, c’est normal ! Il faut avoir une belle vue sur la maison de sa voisine et toujours gardez un œil sur son voisin (comme dit Bruce Willis dans un film). Mais lorsqu’il pleut et que les grands vents qui ne trouvent aucune résistance emportent votre toit, pourquoi ça vous étonne ? (N’allez pas accuser Bruce Willis hein).

Inondation au lieu dit Entrée Matango à Bonabéri...Lorsqu’au quartier, vous construisez dans les drains, c’est normal ! Quand vous transformez la rigole en dépotoir d’ordures où vous y déversez tous vos déchets ménagers, c’est normal ! Mais lorsque vient la pluie et que l’eau ne retrouve pas son lit habituel et se trace un nouveau chemin vers votre salon ou votre chambre à coucher, pourquoi ça vous étonne ?

Lorsque la Communauté urbaine de Douala (Cud) fait démolir des constructions dans des quartiers mal lotis, c’est normal ! Ils sont dans des zones non habitables ou à risque. Il y va de leur intérêt vital d’abord (Quoi de plus cher que la vie ?). Lorsque cette masse critique de personnes s’installe ailleurs, chacun comme il peut avec les moyens de bord, c’est aussi normal ! Qui va vivre à la belle étoile ? Mais lorsque ces populations se réinstallent sans toujours être au fait des questions de plan d’occupation des sols et autre plan d’urbanisme et que la Cud laisse faire, pourquoi l’existence de constructions anarchiques vous étonne ? Lorsque ces habitants déjà victimes des casses sont quelques jours plus tard, après leur nouvel aménagement victime d’inondation, pourquoi ça vous étonne ?

Lorsque la Cud, les ministres de l’Habitat, des Travaux Publics et autres grands ministères de Yaoundé font des descentes dans les zones dites à risque à Douala, c’est normal ! Il faut faire de la sensibilisation et donner des directives. Lorsqu’ils visitent des chantiers de construction des ponts et chaussées, c’est normal ! Lorsqu’ils vont sur les sites d’effondrement des buses et font des prescriptions (un ministre avait prescrit le remplacement de toutes les buses sur la Route Nationale n°3, axe Douala-Yaoundé, par exemple), c’est aussi normal ! Mais lorsque les recommandations et prescriptions ne sont pas encore mises en œuvre et que des éboulements de terrain, des effondrements de buses et des affaissements de chaussées surviennent et divisent la ville en deux, pourquoi ça vous étonne ?

buse 2

Lorsqu’au quartier, vous faites des séances d’investissement humain tous les dimanches, c’est normal ! Bravo ! Vous luttez contre l’insalubrité. Lorsque vous curez les caniveaux, c’est encore normal ! Bravo ! Vous agissez en bon citoyen pour le bien de la communauté. Même lorsqu’à la fin des travaux vous êtes fatigués (après tant d’efforts) et vous abandonnez toutes ces mottes de terre/boue près des caniveaux pour aller vous désaltérer un peu au bar d’à côté, c’est toujours normal ! (Qui veut mourir de soif ? personne). Mais lorsque vient la moindre petite pluie qui renvoie tous ces monticules de terre dans les caniveaux, les obstruant encore plus et provoquant de grandes remontées d’eau qui endommagent vos meubles et vos appareils électroniques, pourquoi ça vous étonne ?

Lorsque Biocamer donne des conférences publiques, fait des Biocamer Medias Tours (passages dans des émissions des télévisions, de radios, etc…) pour parler des éco-gestes que l’on peut poser pour sauvegarder notre environnement, c’est normal ! Lorsque Biocamer parle de changement climatique, c’est normal ! On écoute aussi. Ça fait partie des grandes questions de l’heure. (Même si certains se demandent encore si ça nous concerne en Afrique). Mais lorsqu’on ne met pas en application ces éco-gestes et que le résultat de nos « agressions » vis-à-vis de la nature arrive, pourquoi ça nous étonne ?

Une vue d'un drain obstrué par des bouteilles plastiques au quartier Madagascar à Douala.

Des enfants jouent dans un drain obstrué par des bouteilles plastiques au quatier Madagacar à Douala. Crédit photo: Mathias Mouendé Ngamo

Lorsqu’on a un calendrier accroché sur son mur à la maison ou consultable sur son téléphone portable, c’est normal ! Lorsqu’on regarde bien ce calendrier et qu’on se rend compte qu’il y a perturbations des saisons (changement climatique oblige !), c’est normal ! Lorsqu’on remarque qu’il y a une forte pluviométrie à Douala aux mois de juillet et août (avec un pic en août), c’est normal ! Mais lorsqu’à chaque année, à la même période, on est surpris par la tombée des pluies diluviennes, c’est étonnant.

Lorsque vous allez lire ce billet, vous aurez fait quelque chose de normale. Mais lorsque vous allez le commenter et le partager, je comprendrai que vous voulez changer la donne. Que vous ne voulez plus d’inondations avec toutes ces victimes qui suivent. Et cette volonté qu’on a de se battre pour le bien être de la communauté, de la planète, ne m’étonnera pas.

Je termine ce billet par une pensée pieuse pour les quatre morts enregistrés à Limbé, dans la région du Sud-ouest, à la suite des inondations suivies de glissements de terrain.

…………

Mathias Mouendé Ngamo   

3 Commentaires

  • Rendre hommage aux victimes c’est normal. On espère au moins que ça éveille les consciences

  • Merci beaucoup pour ce travail de fond. C’est très normal de conscientiser les populations sur les dangers de déchets que nous produisons à longueur de journée. Je crois que via ce beau billet (fruit d’investigation), nous allons changer de mentalité. Merci beaucoup.

  • Wow! le texte est très bien rédigé et en plus très pertinent.
    Merci

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